On ne présente plus Tsutomu Nihei,
devenu une référence dans le monde de la hard SF avec son Knights
of Sidonia (qu'on se gardera de confondre
avec un certain morceau de Muse)
, dont l'adaptation animée cartonne à l'échelle
internationale.
Architecte de formation et grand amateur de BD européenne (il cite Enki Bilal comme principal modèle), c'est dans le
genre plus confidentiel du cyberpunk (à tendance gothique, excusez
du peu) que l'artiste fait ses premières armes en proposant des
mangas mutiques, sombres, organiques, où l'humain se dilue dans des
immensités de bâtiments en ruines et de terminaux en veille. Au
nombre de ceux-ci : Biomega, Abara, mais surtout
Blame !, son premier gros succès, qui aura lancé sa
carrière professionnelle en lui valant le prix spécial du jury du
prestigieux concours Afternoon Four Seasons organisé
par la Kodansha.
Et si son style graphique a évolué
depuis, aspirant semble-t-il a plus d'académisme, difficile de ne
pas trouver au regard de son Killy des faux airs à la Amano,
dans la forme en amande des yeux comme dans leur expressivité
nihiliste – mais surtout, difficile de ne pas lire Blame!
comme une transposition de Tenshi
no Tamago dans un contexte futuriste, notamment ce
premier chapitre où le personnage principal escorte un jeune enfant
(de sexe indéterminé) le long de couloirs à perte de vue et de
bâtiments aux contours étranges, sans parvenir à le sauver au
terme de leurs errances.
Avec la ville comme labyrinthe, des
symboles religieux à peine dissimulés, des personnages aux
motivations plus que troubles et surtout ce silence pesant,
omniprésent, qui s'est emparé d'un monde en déliquescence, le
parallèle entre les deux œuvres s'impose.
On suit les errances de Killy
comme jadis celles du mystérieux jeune homme à l'arme en forme de
croix : sans savoir si leurs pas les mèneront quelque part,
s'il existe une issue, quelle est la véritable nature du monde qui
les entoure, ce qu'il est advenu des êtres humains et quel sens
donner à leurs actions - si elles en ont un.

Mis bout-à-bout,
l'ensemble se révèle aussi abscons et déroutant que le chef
d'œuvre dont il s'inspire (le premier épisode ne trompe pas),
pour
le plus grand bonheur de ceux qui affectionnent ce genre de
casse-têtes intellectualisants. Temporalité déconstruite,
expérimentations graphiques, cadrages déconcertants, scénario
elliptique : rien ne manque, le résultat est à la hauteur de
son illustre inspirateur, mais pas à la portée de tous les publics.
Ce qui ne la rend que plus fascinante,
témoignant de la marque indélébile laissée dans l'esprit du
public par le film (pourtant boudé à sa sortie) du tandem Oshii-Amano.
Un visionnage (et une lecture!)
chaudement recommandés.
On ne pourra malheureusement pas en dire autant du très sympathique, mais très hollywoodien long métrage de 2017.
On ne pourra malheureusement pas en dire autant du très sympathique, mais très hollywoodien long métrage de 2017.
Manga et artbook disponible en France aux éditions Glénat
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